TdF Livre 0 - Le présent est écrit dans le passé

MJ DukeTogo
Date de début : printemps 2014
Abandon : printemps 2018
Crépuscule
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Justice !

Message : # 57406Message Crépuscule
18 févr. 2017, 03:51

Jolan ne comprit pas la colère qui envahit Thallia, il avait cependant une petite satisfaction de l'avoir fait réagir, une étincelle de désir d'en apprendre plus sur les braises sur lesquelles il avait soufflé ... mais il ne s'attendait pas à la voir ainsi sortir de ses gonds.

La situation dérapa en un clin d'oeil, il n'avait aucune idée de ce qu'il voyait, mais ça ne semblait pas normal ... il songea un instant à son rêve de la nuit précédente, se demandant s'il n'etant pas encore dans son cauchemar ... avant que la peur envahisse ses tripes ... il avait comme l'impression que l'Etranger venait de sortir sa dague ... il devait réagir ... il tenta de se rappeller pourquoi il était là, se rappeller de ses compagnons qui erraient dans les marais probablement droit dans un guet-apens ... pour ... un beau fait d'arme pour sauver Darren ? Pour des marais salants ? ... Il allait mourir seul, ici dans la boue, pour une illusion de gloire, d'or et du sel ... Il sentait la présence de l'Etranger, il était là tout près, et une terreur sans nom envahit chaque parcelle de son corps ...

Face à la peur, il avait oublié le visage de ceux pour qui il était là ... ceux de la maison Castellane, a qui allait sa reconnaissance sans limite pour ce qu'ils avaient fait pour lui ... ceux de sa famille, de laquelle il était responsable de l'avenir et pour lesquels il avait espéré trouver des réponses ... celui de Dugal, a qui, encore qu'un gamin, il avait juré de veiller sur sa soeur quand il était parti ...
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DukeTogo
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Message : # 57407Message DukeTogo
18 févr. 2017, 10:20

Crépuscule a écrit :Dugal avait appelé son épée "Honneur"

Justice et Honneur ... cet été là on s'était imaginé devenir les protecteurs de Waterford et du Bief comme des frères, lui devenir chevalier puis un grand seigneur, moi, son bras droit, son Capitaine ...

Mais il n'était pas revenu, et Honneur fut enterré avec lui.

.........

En plus de lier fortement Jolan à Aleth, la mort de Dugal a fait qu'il a une rage enfoui contre les fer-nés et les Greyjoy en particulier. Longtemps il s'est espéré devenir l'amiral d'une flotte protégeant les côtes du Bief de ces pirates et écrasant les Greyjoy s'il en avait l'occasion. Cela explique qu'il ait mis tant de coeur à apprendre à naviguer et mener un bateau.

Son aventure avec Bénédicte a chassé pour un temps ces ambitions, vivant alors l'instant présent, puis la prise de conscience de ses responsabilités envers son domaine a changé ses priorités ... mais au fond de lui, il y a toujours des braises qui n'attendent qu'un souffle pour s'enflammer de nouveau.
Au chateau Castellane, un corbeau vint perturber l'ouvrage d'Aleth, la faisant sursauter d'un croassement strident. La chambre de la lady n'avait pas vocation à devenir une roukerie au plancher constellé de fientes malodorantes et il se fit prier pour quitter le rebord de la fenêtre ouverte.

"Noires ailes, noires mots" avait-on coutume de dire. Aleth chassa un mauvais pressentiment, expirant un frisson et rassemblant ses idées. Pour l'heure, s'inquiéter ne l'aiderait pas à se préparer pour l'assemblée à la grande auberge de Waterford.
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Message : # 57408Message DukeTogo
18 févr. 2017, 10:21

Ses jambes se dérobaient sous lui mais Tonin le maintenait debout, en jurant effaré : "Merde, Thalia, non, je t'en prie, je veux pas voir ça..."

"Tiens-le", ordonna t'elle.

Ayant toujours cette sensation de vertige dans la noirceur de la lame, Jolan entendait des brides de mots plus qu'il n'écoutait. Il sentit la main rugueuse de Thalia sur sa joue dans un geste tendre. "Il tremble comme un enfant."

Un enfant, oui. Un enfant balloté. La main sur sa joue ressemblait à la caresse trop rare d'une mère pourtant aimante mais craintive d'un père étouffant, dont l'unique étreinte prenait la forme de l'étau d'un rustre charpenté.

Thalia regardait Jolan d'un air désolé. "Mais la guerre n'épargne personne et encore moins les enfants. Quand à la justice, Rhéomar n'a rien fait pour me la rendre. Quand à ton frère, il s'est interposé pour protéger un... un monstre. Ta vie est un mensonge."

D'un geste brusque, elle dégrafa la veste de cuir de Jolan et enfonça la sombre lame dans son flan gauche. Jolan ne s'entendit pas hurler en sentant sa vie aspirée par la noirceur de l'acier à la fois glacial et brûlant. La peur du vide redoutée plus tôt n'était pas une utopie et sa chute fut vertigineuse.

Jolan tenait entre ses mains la taille d'une gamine qui se débattait et essayait de se soustraire à sa poigne d'acier. Autour de lui, ses hommes riaient et buvaient, se disputant le droit de passer en second.

Tout espoir avait abandonné Jolan. Sa joue brulait encore du choc d'un revers ganté de fer. Il essayait de ramper en vain en agrippant la terre sous ses doigts. La douleur d'un ongle cassé dans le sol n'était rien comparé à l'horreur indicible car rien ne pouvait le soustraire à l'outrage de sa féminité.

Jolan déambulait sur le champ de bataille. La guerre était-elle finie ou commençait-elle à peine? Il devait retrouver ce corps âgé et sans vie, lui dire combien il était désolé, combien il avait échoué, combien il voulait mourir lui aussi pour le rejoindre.

Jolan entendit un rire cristallin et se retourna pour voir le beau jeune garçon à qui il appartenait. Non, ce n'était pas lui. C'était un des hommes d'Amory Lorch qui venait réclamer son du, déjà en train de délacer les liens de ses guêtres. Un arc, vite. Mais point d'arc ni même de flèches à décocher. Le ruffian s'écroula comme une souche, la gorge ouverte. Jolan reconnu l'homme qui venait de l'occire avec facilité. Il l'avait déjà vu, celui qui l'avait surprit à espionner la houleuse conversation entre son grand frère et son père. Cet homme l'obligea à se relever et constata avec fureur le sang qui coulait entre ses jambes. "Qui? Qui t'a fait ça? - Amory Lorch. Il a... il a tué mon..." Le guerrier n'écouta pas la suite et saisit Jolan contre lui dans une étreinte qui le prit de court, le soulevant comme un fétu de pailles. Quand il le reposa, il lui donna à boire une boisson qui lui brûla la gorge et le fit cracher ainsi que le grand poignard après l'avoir sommairement essuyé sur sa manche. "Tu dois toujours avoir une lame sur toi. Et quand tu l'as prends en main, sers t'en pour tuer, tu m'entends?" furent ses derniers mots avant de le laisser coi avec l'arme en main ainsi qu'un fourreau. Toujours choqué, Jolan ouvrit les doigts si bien que le poignard tomba au sol.

Jolan suivait l'homme de loin et le vit se disputer avec un autre guerrier, un peu plus jeune mais vêtu comme un ser d'après quelques détails tel un blason à rayures horizontales. Ils parlaient d'Amory Lorch. Son sauveur voulait le tuer mais le chevalier s'appliquait à l'en dissuader.

Tuer Amory Lorch. Jolan serrait avec force dans sa main une garde, la garde d'un grand poignard. Sers-t'en pour tuer, tu m'entends. La peur au ventre, il se faufila jusqu'au campement où flottait la bannière de la Manticore et attendit une heure tardive. Imitant le geste du guerrier, il ouvrit la gorge du garde et se faufila jusqu'à la tente de Lorch. Celui que l'on surnommait la Manticore lui tournait le dos, son attention accaparée par une étrange lanterne sans huile qui projetait des images étranges sur le tissu de la tente, comme en écho au langage inintelligible qu'il prononçait. Sers-t'en pour tuer, tu m'entends. Dans un froid glacial, Jolan plongea sur l'homme, heureusement dévêtu de son armure et enfonça le grand poignard entre ses côtes. Ser Lorch exhala un râle rauque, comme une jouissance et tourna vers Jolan une visage pâle et des yeux noirs. "J'appelle un démon et c'est toi qui vient?" D'un geste lent, il prit le poignard enfoncé dans son dos et le sortit lentement, tout en commentant d'une voix sépulcrale avant de le lâcher dédaigneusement. "Je t'ai créé, le comprends-tu? La haine, je connais bien la haine. Ça commence dans tes tripes, bien au fond là, elle s’agite et bouillonne. Et puis ça sort. La haine explose comme un volcan. Ça jaillit d’un souffle brûlant. Tu sers tellement les dents qu’elles risquent de se casser. Rejoins-moi, embrasses le vrai pouvoir, et tu connaitras le pouvoir du sang." Quand les yeux reprirent un aspect humain, Jolan retrouva le contrôle de ses membres et de sa propre respiration en hoquetant. Lorch souriait en lui tendant une main ouverte. Jolan ne demanda pas son reste et pris ses jambes à son coup, non sans avoir eu le réflexe de ramasser le poignard sans réaliser sur l'instant que la lame était devenu noire, noire comme le sang du démon dont elle s'était gorgée.
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Crépuscule
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Justice !

Message : # 57409Message Crépuscule
18 févr. 2017, 10:30

Jolan l'avait désiré dès qu'il l'avait vu.
Ses cheveux de feu, sa peau soyeuse, son corps bouillonnant, sa fureur, tout cela l'excitait, et rien ni personne ne pouvait se mettre en travers de son chemin, Jolan prenait toujours ce qu'il désirait et personne n'était de taille à s'y opposer, le vieux l'avait appris de sa vie et maintenant il la prenait alors que son corps n'était pas encore froid.

Tout cela, il l'avait détesté ... il détestait Lorch, il détestait être Lorch, il se détestait car il l'avait désiré lui aussi, et il avait le souvenir d'avoir pris du plaisir à faire ce qu'il avait fait ... il était un monstre

Son corps n'était que douleur, son esprit n'était que douleur, son coeur n'était que douleur ... mieux valait la rage que la douleur ... il les tuerait, il les tuerait tous ... l'un d'eux approchait ... il était désarmé ... plus de douleurs plus que de la rage, il mourait plutôt que de revivre ça, il lui arracherait la gorge avec les dents s'il le fallait

Jolan serrait les dents, il luttait contre la douleur, celle de Thallia, la sienne, la douleur dans son corps, la douleur dans son ventre, la douleur dans son esprit, la douleur dans son coeur ... elle avait lutter contre avec sa rage, il le pouvait aussi ... il devait lutter ... pour se venger ... pour la venger de ce qu'il lui avait fait ...

Qui était cet homme qui avait égorgé ce porc et lui avait donné ce poignard, le Balafré voulait lui faire la peau, son frère tentait de le convaincre qu'ils ne devaient pas ... mais pourquoi fait-il ça, pourquoi ne l'a-t-il pas défendu, pourquoi ne le vengeait-il pas? Faux-chevalier ! Lâche ! Traître !

Son frère venait de le blesser profondément, sûrement bien plus profondément qu'il n'avait blessé l'âme de Thallia, lui faisant haïr tout ceux qui l'avaient laisser tombé, qui l'avaient abandonné, qui ne l'avait pas défendu. Il leur avait menti à tous, sur sa chevalerie, sur le fils, le frère parfait qu'il devait être, .. le Balafré en revanche ... il était prêt à se battre contre la Manticore ...qui était cet homme... Thallia l'avait elle retrouvé ... comme il voudrait pouvoir desserrer les dents pour lui poser la question ... mais quand il ouvrait la bouche, seuls ses hurlements en sortaient. ...

Sa rage l'avait conduit jusqu'au monstre, elle l'avait aider à lutter contre sa peur, à se jeter sur lui pour le tuer ... mais c'était bel et bien un monstre et il avait versé son venin en lui... et maintenant qu'il l'avait détruit, il lui tendait la main ... il aurait du lui trancher cette main ... mais il fuyait ... le fuyait-il ou se fuyait-il ?

Elle avait fuit, avec une rage qui ne la quittait plus, et le sang du démon, le Manticore faisait appel à des forces obscures, et une partie de ces puissances perverses s'étaient imprégnées dans ce poignard, ce poignard qu'il sentait entre ses côtes, comme il avait été entre les côtes de Lorch. Il allait mourir, il sentait le froid le gagner ... mais il ne voulait pas mourir, il avait tant à accomplir encore ...le feu devait le gagner, ĺe pouvoir sombre de la dague, il était passé de la Manticore à la lame, il devait passer de la lame en lui à présent, ces ténèbres l'avait protégé, elles pourraient surement le sauver .

La haine, il avait donné la clef, la clef était la haine, la haine donnait le pouvoir, avec le pouvoir il pourra aller au bout du chemin qui lui était destiné, son chemin ne s'arrêtait pas là.
Il chercha la haine qu'il avait en lui, la haine qu'il enfouissait dans ses tripes.
Il haïssait le Manticore ... il sentait cette haine, était-ce vraiment sa haine, il ne le savait, mais il la laisser le gagner, la haine appella la haine, attirant sa noirceur etouffée au fond de lui.
Il haïssait les Lannister, pour avoir fait enlever Alyse,
il haïssait ce malfrats qu'il avait tué et ses compères, pour ce qu'ils voulaient faire à Aleth,
il haïssait les fer nés, pour avoir pris le frère avec qui il voulait grandir,
il haïssait le roi, pour lui avoir pris le frère qui aurait dû lui apprendre à grandir ..
il haïssait son père, de ne pas l'avoir aimer comme un fils ...
il haïssait son frère, de l'avoir abandonné ...
il s'haïssait lui même, de l'avoir abandonnée elle ...
il haïssait les Sept de l'avoir mis à cette place, de l'avoir fait ainsi souffrir ...

Il serrait les dents, si fort, ce n'était plus la douleur mais la rage qui crispait ses machoires, il serrait tellement fort qu'elles risquent de se casser ...
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DukeTogo
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Message : # 57411Message DukeTogo
18 févr. 2017, 15:27

La tête de Jolan bringueballait dans les bras de son grand frère qui le portait assez facilement. Il essaya de se redresser tant bien que mal jusqu'à ce qu'une douleur dans son flanc lui somme d'abandonner cet effort.

Reswald le gronda "Courage, Jolan. Tu dois aller de l'avant. Tu n'es pas seul, je suis avec toi."
L'instant d'après, c'était son père qui le tenait "Cesses de te comportes comme un fol ! Quand grandiras-tu?"
Et puis il fut dans les bras de sa mère "Ne t'inquiètes pas, mon enfant, ce n'est qu'une dispute d'hommes. Ils finiront par se pardonner... ainsi qu'à eux même."
Il eu la force de poser sa main sur sa blessure qui lui faisait si mal.
L'instant d'après, c'est lui qui tenait sa soeur Alyse dans ses bras. "Je saigne. Ca fait mal. Je ne te pardonnerais pas, ce sera de ta faute."
De visage en visage, il revit celui de Bénédicte les larmes aux yeux "Tu m'apprendras à m'en servir?" et assistait impuissant au spectacle de cette silhouette qui plongeait une épée dans le corps d'un homme.
Thalia sortit le poignard du corps et se tournait vers une autre personne. "Il vivra. Je... je suis désolé, je n'ai pas commencé tout ça. C'est lui, la Manticore."


Puis ce fut le trou noir. Il entendit un piaillement à moins que ce ne soit un croassement. Il entrouvrit les yeux pour voir une silhouette martiale épée levée. Celle-ci était immobile et supportait sur son bras et sa tête des oiseaux noirs. Ha. La statue de la grande place et ces fichus merles. Il entendit également une voix à la fois proche et lointaine.

Hé, réveilles-toi. Encore un ivrogne. Mais... Non, il est blessé ! Toi, là-bas, va chercher de l'aide, vite, il y'a du monde à l'auberge !

- Fin du flashback -

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La belle et l'ours (1)

Message : # 58539Message DukeTogo
24 avr. 2017, 16:20

Ce qui est relaté ci-après se déroule avant le déplacement des héros dans le marais de la sorcière et fut joué par Greyfoxliquid, lors d'une partie Skype avec Thalgrim en préambule d'un déplacement pour Villevieille...
Gyles se promenait, grattant quelques notes, en fredonnant "La belle et l'ours" quand il vit sur les quais du port Cecily Snow. Autant l'avouer, Cecily lui avait tapé dans l'oeil. Il n'arrivait pas à identifier pour quelle raison la bâtarde du nord l'interpellait dans son for intérieur. Peut-être son courage, son franc-parler, son caractère assumé. Oui, elle était une femme et ne craignait aucun homme. Oui, elle était une bâtarde et ne craignait aucun noble. Elle était franche, directe alors que Gyles avait appris à servir au public ce qu'il aimait entendre, gagnant l'affection des gens par le charme et une attitude joyeuse alors que comme tout un chacun, il lui arrivait d'être triste, avec le sentiment d'être terriblement seul.

Cecily congédia les deux jeunes hommes pour pouvoir discuter avec Gyles. Le troubadour, pris à son propre jeu de séduction, troubla plus qu'il ne l'aurait cru la bâtarde du nord. Voir rougir l'athlétique blonde le mit en joie plus qu'il ne l'aurait cru. Gyles avait conscience de jouer un jeu dangereux mais une part de lui était désireux de mieux la connaitre pour peut-être comprendre ce qui la troublait chez elle.

C'est ainsi qu'il se retrouva dans les champs, se promenant avec elle. Etre une bâtarde - et une femme - dans ce monde n'était pas une mince affaire, Gyles ne pouvait que compatir. Mais pourrait-il n'être qu'amis avec Cecily, s'interrogea-t'il, trop tard sans doute, alors qu'ils marchaient légèrement, la main dans la main ?
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La belle et l'ours (2)

Message : # 58660Message DukeTogo
29 avr. 2017, 14:04

À mesure qu'ils marchaient, d'un pas un peu trop rapide pour Gyles, le troubadour commença à avoir un mauvais pressentiment. Cecily se contraria :

"Je te fais confiance et tu ne me fais pas confiance ? Tu es un vendu aux Castellane, c'est ça ? Vas-y, retournes demander la becquée."

La curiosité - et une forme de vexation - l'emporta sur la prudence. Et puis, Gyles voulait vraiment se rapprocher de Cecily. Une amie un jour? Plus, peut-être... Non ! quelle idée, ce n'est pas sérieux... Après tout, la vie était si étrange, une vaste comédie épuisante parfois. Le vague souvenir d'un drame lointain, une promesse toujours pas honorée... Merryn lui manquait, elle était restée, là-bas, dans le chaos...

Voilà qu'ils arrivaient à la lisière de la forêt. Cecily avançait toujours d'un pas sûr alors que Gyles, le plus citadin des bâtards, manquait souvent de trébucher. Un homme embusqué les invectiva. Lui et Cecily se connaissaient. La nordiène l'envoya paître, se moquant de son avis sur le troubadour. Tout cela n'augurait rien de bon. Reprenant leur progression, Cecily gardait les lèvres serrées. Ils arrivèrent enfin à une petite clairière, occupée par huit hommes. Certains ne payaient pas de mine, d'autres avaient de vrais têtes de porte-bonheur, pour ne pas dire des têtes de tueurs. Ils reluquait le troubadour, l'un en se curant les ongles à l'aide de son coutelas, un autre d'un sourire édenté.

Un autre approcha, revenant d'un fourré, d'un gabarit moindre mais tel un fauve progressant vers sa proie. Ce n'était pas un homme, mais une femme, une femme aux cheveux roux. Le coeur du troubadour cessa de battre, n'ayant aucun doute sur son identité. La chef des brigands avait un regard vide, quasiment inexpressif mais terriblement déstabilisant. L'on disait tellement de choses à son sujet. Allait-elle lui ouvrir le ventre et vider ses tripes sur le sol ? Elle se campa face à Cecily et leva sa main pour la poser sur sa joue. La criminelle et la bâtarde s'embrassaient, là, devant le troubadour, troublé, fasciné et gêné. Thalia pris la main de Cecily sans daigner jeter un regard vers Gyles.

"Tu m'as manqué. C'est donc lui, le troubadour. Il attendra. Vous autres, vous le surveillez."

Elle entraina Cecily avec elle dans la forêt. Surveillez Gyles ? Mais où pourrait-il bien aller ? Il était déjà perdu depuis qu'il avait croisé dix arbres.

Le troubadour ressentit de la lassitude en voyant les deux femmes s'éloigner pour certainement se retrouver intimement. Quel idiot il faisait. Il lui revint la défiance de Cecily envers les hommes. Une fois celles-ci parties, les quolibets et autres intimidations commencèrent.

"Hé, mon joli. T'connais des chansons, pas vrai?
- Oui, faudrait vraiment mieux qu'il en connaissent plein...
- Tu m'étonnes, j'me pas m'ennuyer, m'rend méchant."


Se faire corriger ou autres joyeusetés ne réjouissait pas Gyles. Ce genre d'individu pourraient d'ailleurs décider d'avoir recours à des actes particulièrement violents. Mieux valait ne pas claquer des dents et chanter. Longtemps. Que ferait Darren à sa place ? Une plaisanterie pour les moucher, leur répondre du tac au tac. Sans doute la pire chose à faire quand on est pas en position de force. Alors, oui, chanter. Et longtemps peut-être.

Une vaste comédie épuisante parfois.
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La belle et l'ours (3)

Message : # 58671Message DukeTogo
30 avr. 2017, 11:24

Gyles commençait à être à court d'histoire et de chanson quand Thalia Penn et Cecily Snow revinrent, le visage plus souriant.
La nordienne s'inquiéta du bon traitement de Gyles en son absence. Elle l'avait amené, en était responsable et gare si quelqu'un lui avait fait du tord.

Mince, c'est moi la belle, du coup, songea Gyles en serrant les fesses avant de réagir, s'appliquant à être jovial. "Oh mais bien sûr, tout c'est bien passé, quelle charmante compagnie !"

Les ruffians approuvaient, le troubadour aidait à passer le temps, à embellir le quotidien. Et pourquoi pas une geste sur Thalia Penn, suggéra l'un d'eux.

"Les contes de fait sont pour les ladys, crétin. Y'a t'il une lady ici ?" coupa Thalia. Il n'y eut nulle autre réponse qu'un long silence. La chef des brigands scrutait Gyles en se rapprochant. "Tu es nerveux." Ce n'était une question mais un constat. Thalia se tourna ensuite vers Cecily, affichant une attitude sceptique. La nordienne prit le parti du troubadour, expliquant qu'il était bien vu par les Castellane, qu'il pourrait donner des renseignements utiles. Les deux femmes s'éloignèrent pour bavarder à voix basse. L'oreille musicale et exercée du Gyles lui permit d'en saisir certaines brides.

"...Je n'ai pas besoin de lui pour rentrer dans le château.
- Mais les Castellane, tu...
- Je ne les veux pas morts, je veux que Rhéomar ne connaisse plus le sommeil..."


Cecily raccompagna Gyles jusqu'à la lisière de la forêt. Thalia n'avait pas donné son accord pour que Gyles soit des leurs - c'est pas une vie pour lui -, ce qui n'était pas forcément une mauvaise chose du point de vue du troubadour. Contrariée, la nordienne avait progressé dans la forêt d'un pas vif. Maintenant calmée, plus songeuse et navrée qu'autre chose, elle prit le parti de dresser un portrait flatteur et tempérée de Thalia.

"Elle t'aime bien, j'en suis sur.
- Ah ?
Déjà, elle m'a laissé partir.On dirait qu'elle t'aime bien aussi." lâcha le troubadour en regrettant aussitôt d'avoir parlé trop vite.

Cecily rougit.

"Tu ne l'as connais pas comme je la connais. Elle a tout perdu, elle...
- Comme toi ? Euh... Excuses-moi."
Comme moi.

Gyles fut troublé en comprenant la force des sentiments de Cecily pour Thalia et jaloux aussi. Que n'avait-il autant de courage autant que ces deux femmes ? L'idée s'installa dans sa mémoire et l'aiderait un jour peut-être à en faire autant. Prévenante, la nordienne lui donna sa gourde pour se rafraichir.

"Tu est en sueur. Tu n'as pas chaud ?
- Chaud mais pas fatigué."
répondit Gyles en plaisantant. "Je me mettrais torse nu quand j'aurais doublé mes muscles, là, on verra qui est nerveux."

Ils rirent de bon coeur. Oublié la peur des brigands. Oublié la jalousie. Ils s'installèrent, partageant souvenirs, qui du Nord pour Cecily, qui du Conflans pour Gyles où il avait rejoint la troupe du Baril et du Roitelet. La nordienne l'aida à se défaire d'une écharde dans la main. Il entreprit de lui apprendre à jouer trois notes de sa mandoline. Le soir tombait. Il devait rentrer pour éviter les... mauvaises rencontres. Elle le retint un instant en lui prenant la main pour lui déposer un baiser sur la joue qui le laissa pantois.

"Sois prudent, môssieu le Fourreau Magique."

Gyles rentra à Waterford le coeur léger, gardant en mémoire le beau sourire franc de Cecily à son départ. Cecily savait qui elle était, ce qu'elle voulait. Elle n'avait pas peur. La Geste de Cecily ? Un jour peut-être.

Fin du flashback
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Myrosh à Jolan Hastwyck

Message : # 60390Message DukeTogo
12 sept. 2017, 18:33

Ce qui suit n'est rendu public que lorsque Myrosh révèle sa véritable identité, lors du chapitre Peril à Port-Réal
Les quelques mots que "Myrosh" murmure à Jolan tandis qu'il rend l'âme:

"Je suis désolé de n'être pas revenu assez vite pour te sauver Jolan. Sache que je suis fier de l'homme que tu es devenu, et que je n'oublierai jamais le champion des archers de Rubriant et le loyal protecteur d'Aleth et d'Alyse. Je t'aimerai toujours, mon frère. Nul n'est si dévoué que nous."
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