TdF - Chap. 0.2 - Le lierre sur la tour vieille tour

MJ DukeTogo
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Iris
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Chapitre 12 - Mestre Corwin

Message : # 58679Message Iris
30 avr. 2017, 22:15

Corvin,

Pourquoi m'avez-vous tuée ?

Vous êtes mort et pourtant je me suis vue succomber. Cette nuit, j'ai été engloutie dans un cauchemar sans fin. Vous m'avez précipitée dans l'horreur et la folie. Je ne me souviens plus de la sensation de la joie, de la confiance ou du rire.

Toutes ces années, vous nous trahissiez en rapportant tous nos actes à votre maître, l'archimestre Ryam. Un traître assassin succède à un autre traître assassin. Vous étiez bien son fils spirituel : deux maître menteur et manipulateur, deux nuisibles supprimant l'innocence et la vie. Ryam a tué Julia Middelbury, quand vous vous êtes dévolu à anéantir l'âme de Lysanor -- et combien d'autres encore ?

Pourquoi m'avoir épargnée jusqu'à ce soir ?

Vous aviez contraint Lysanor à garder vos secrets infâmes, craigniez-vous que je ne révèle vos actes à Jolan ? Avez-vous été effrayé par un petit garçon fragile ? Dois-je mon salut à votre extrême lâcheté ?

M'aimiez-vous à votre manière démente, infernale ? Quand je revenais vous trouver, il m'avait toujours paru que vous étiez heureux. Vous riiez à mes récits. Le rire peut-il être faux ? Aviez-vous deux visages, deux âmes ? Le démon de Lysanor et mon confident ? Ou bien chaque instant n'était-il qu'une représentation ?

Quand Dugal est mort, nos parents étaient effondrés -- j'ai peur de les avoir frappés et jetés à terre, encore. A l'époque vous et Jolan étiez mes seuls soutiens. J'ai toujours cru que j'avais échappé à la mélancolie de Lysanor et à la fragilité de Jared grâce à vous et Jolan. Vous étiez mes amis, les personnes en qui j'avais le plus confiance -- plus qu'en quiconque. Vos âmes ont été consumées par la folie et emportées durant la même funeste nuit que mon innocence.

Je me tiens seule dans un champ de ruine.

Vous m'avez demander de garder vos secrets, je les ai tous détruits. Mère m'a demandé pourtant de ne pas révéler ce que vous aviez infligé à Lysanor. Je voulais votre anéantissement, que vous ne puissiez plus jamais la hanter. L'obligation de garder vos secrets -- alors même que vous pourrissiez dans la tombe -- m'était insupportable : j'ai jeté la plus vive et la plus douloureuse lumière sur les ombres dans lesquelles vous prospériez. Je crains d'avoir brûlé Père, de l'avoir si gravement blessé qu'il ne s'en relève pas. Je voulais libérer Lysanor de votre emprise, quel qu'en fût le prix.

Je me sens encore suffoquer, perdre conscience, m'éveiller dans cette nuit, prisonnière, attachée, à votre merci. Votre perversion transforme la vertu en vice, elle souille tout ce qui devrait avoir de la valeur. Innocence, pureté : comment pourrais-je encore entendre quiconque les vanter sans songer à ce que vous en fîtes ?

Vous avez tué ce qu'il demeurait d'enfance, d'attachement, de confiance et de candeur en moi. Jamais plus je ne pourrais écouter de compliment sans me demander ce qu'ils dissimulent ; jamais plus je ne pourrais me résoudre à entrer dans une pièce qui peut être refermée derrière moi ; jamais plus je ne pourrais supporter de voir un lieu d'enseignement servant aussi de chambre.

Vous avez utilisé mon arme pour déchirez mes vêtements et soumettre ma nudité à votre regard. Vous m'avez imposé d'être ainsi vue par un reître officiant dans une maison close, et y trouver mon seul refuge. Mon corps n'aurait dû être vu et embrassé que par un seul. Vous découvrir me contempler avec cette fascination malsaine a brisé la chaste pudeur qui devrait être mienne. Je craignais les regards désirants. J'aurais voulu disparaître, ne pas attirer leur attention. C'est peine perdue. Je ne peux me dissimuler d'eux. Ils me suivent, je ne peux les semer. Je ne peux pas échapper à cette traque. Plus personne ne me permet d'être simplement moi, libre d'apprendre, de rire sans conséquence. Vous étiez mon dernier refuge. J'étais heureuse de me confier à vous et vous m'avez trahie. Vous avez tué la seule personne qui tenait vraiment à vous.

Je n'ai plus peur des regards. Ils ne peuvent plus me toucher. Il n'y a plus ni innocence ni refuge.


H.


P.S. Il paraît qu'il est d'usage de nommer ses armes. La mienne se nommera désormais innocence. Elle renaît sous la forme d'une lame sur laquelle le sang glisse mais ne peut souiller durablement. Innocence est honneur, elle est la détermination à ne jamais basculer dans la folie ou la vilenie.
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Chapitre 12 - Corbin Celtigar

Message : # 58868Message Iris
10 mai 2017, 15:08

Messer Celtigar,

Vous devez être bien loin d'ici à présent, parti retrouver cette jeune femme que vous avez juré de protéger, alors que sans doute vous n'auriez jamais été plus proche ici d'avoir une piste pour mener à bien votre mission. A présent que Jolan Hastwyck est mort, peut-être sommes-nous sur le point de ne plus être concernés ? Je ne saurai le dire.

Il est certain que tant que l'archimestre Ryam est en mesure d'agir, le risque est grand qu'il agisse simplement pour nous faire taire. Le mettre hors d'état de nuire est une nécessité vitale, et j'espère seulement qu'il est seul instigateur de ce plan tortueux visant à nous utiliser pour mettre la main sur elle.

Tout a bien changé depuis votre visite. Vous me disiez que mon sourire vous était agréable, mais je n'arrive pas à me souvenir de la sensation de la joie ou de la confiance.

Cette nuit au moulin, vous m'aviez faire une frayeur, mais vous m'aviez rassurée, tout en m'admonestant à ne pas parler de ma théorie. Vous avez eu raison -- je n'aurais jamais cru que ce fût possible. Nous abritions un traître parmi nous, Mestre Corvin, dont j'étais convaincue de la bonté et de son amitié pour nous. Il rapportait à son maître tous nos faits et gestes, permettant aux assassins de s'organiser. Par chance, inquiétée par vos avertissements, je gardai pour moi l'essentiel de mes hypothèses relatives à l'identité de cette femme. Ainsi, de tout ce qui s'était passé jusque là, Corvin, et par conséquent Ryam ignorent seulement mes dernières déductions. Je me demande toutefois si la situation aurait été significativement pire dans le cas contraire ?

A présent, je me sens comme une page désespérément vide -- tous mes mots, tous mes désirs lavés par les larmes qui ne coulent pas sur mon visage. Je regarde autour de moi et ne vois que des décombres.

... Père et Mère sont brisés par les révélations récentes...
... Jolan et Corvin sont morts -- tous les deux des meurtriers, tous les deux déments -- mes seuls amis d'enfance...
... Lysanor et Jared, toujours silencieux et retirés, inaccessibles -- pourquoi voudraient-ils me rejoindre dans la tourmente ?
... Darren, horrifié, effrayé, dépassé par la situation, suivant tant bien que mal une affaire dont il aurait certainement préféré se tenir éloigné...

Il y a bien encore Tristifer ... ma foi, il paraît égal à lui-même -- toujours dérangé, énergique, obtus et dépourvu de tact-- mais cette constance en ces temps troublés me paraît presque rassurante, voire agréable. Il est à ce jour le seul avec qui j'ai encore à faire au château. Au moins pouvons-nous nous partager le travail. Je n'ai aucune activité en commun avec les autres. Avec qui d'autre parler d'aller de l'avant ou de détails techniques, de recherches, ou que sais-je encore ? S'il était moins excessif et imbu de lui-même, ce serait vraiment plaisant de passer du temps avec lui.

Pour vous qui voyagez seul, à quoi bon avoir un confident ? Vous vous moquez probablement comme d'une guigne de pouvoir raconter vos voyages et vos tracas, les surprises et les déceptions. Je n'ai pas l'avantage d'être autant portée à la solitude que vous, et je chérissais ce dont j'ai été brutalement privée : la joie de rentrer chez moi, de prendre des nouvelles et d'en donner. Si l'on est tout à fait rigoureux, ce plaisir était fondé en bonne partie sur une illusion -- l'amitié de Corvin -- mais mes sentiments étaient sincères. Comme ceux de tous les naïfs qui sont trompés et trahis, abusés en retournant contre eux leur bienveillance.

... Ou bien ne s'agit-il là que de dépendance ? ... Dame Adrienne, vous, Jack, Lady Bulwer... chacun me paraît bien seul et dépourvu d'ami à qui se confier.

Aujourd'hui, que je le veuille ou non, je suis tout aussi seule. Est-ce définitif ? Je ne saurais le dire. Mère tentait de soutenir Père de son mieux lorsqu'il apprit les terribles nouvelles. J'espère qu'ils se soutiennent mutuellement. Pourtant les propos de Mère sur la faiblesse des hommes, à propos de Darren notamment, et son inquiétude pour Père me donnent l'impression qu'elle n'est pas forcément aidée en retour. Si tous les hommes sont incapables de comprendre un problème ou une souffrance, alors je peux bien épouser n'importe quel jeune homme globalement bienveillant -- Ser Emmon Cuy, Ser Walton Dulver ?-- ce serait pour ainsi dire du pareil au même : je serais seule et tenue de soutenir mon époux.

J'espère que ce n'est pas le cas : une vie de solitude et de contrôle de soi perpétuel, dépourvue de joie et de confiance ne me paraît d'aucun intérêt.

L'avenir nous dira ce qu'il en est. Nous verrons déjà si mes prétendants continuent de me trouver à leur goût en sachant que j'ai manqué d'être violée -- de si peu qu'ils pourraient douter que j'y ai vraiment échappé d'ailleurs.


Bonne chance pour vos recherches,


Si nous nous revoyons, j'aurais peut-être une piste pour vous -- sans être sûre qu'elle se réjouisse d'être sollicitée,


H.
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Chapitre 12 - Lady Alysanne BULWER

Message : # 58988Message Iris
17 mai 2017, 21:52

Lettre effectivement envoyée, portée par Jared
Lady Alysanne,

Les récents et tragiques événements qui nous ont frappés inspirent le contenu de cette missive et je remercie mon frère Jared de vous la porter alors même qu'il se rend à la Trémière auprès d'une famille en deuil.

Comme vous le savez, nous nous sommes rendus sur votre suggestions dans les domaines des Dulver et Marsten pour trouver de nouveaux débouchés au vin Castellane, pour y découvrir deux Maisons proches de se déclarer une guerre dont les motifs étaient créés de toute pièce par un habile manipulateur dévoué aux Fers-Nés. Les Sept nous furent cléments et nous pûmes révéler la vériter juste à temps pour éviter une bataille fratricide et un débarquement de pillards.

Hélas, nous rentrâmes à Waterford pour vivre de terribles événements.

Votre frère vous aura certainement appris les tentatives d'assassinat dont j'ai été l'objet, et la manière dont l'un des agents du Balafré fut empoisonné avant de révéler tout ce qu'il savait de l'affaire.

Au cours de la funeste nuit de notre retour, le traître s'est fait connaître en s'en prenant à moi, certains de pouvoir agir en toute impunité et d'avoir tout loisir de fuir par la suite. Mestre Corvin révéla son véritable visage : un espion, un criminel et un dément animé de passions répugnantes.
Certain que rien ne pourrait l'arrêter, il a mentionné le nom de son maître -- une figure de premier plan de Villevieille. La Jouvencelle soit louée, j'ai heureusement été sauvée in extremis de ses griffes.

La tragédie n'était pourtant pas achevée. Trois personnes se retrouvèrent dans la petite école de Waterford d'où j'avais été libérée : Mestre Corvin, Jolan Hastwyck et la fille de l'aubergiste. Les détails de ce qui arrivèrent ne sont pas clairs. Quand je revins avec Ser Béric le droit, ils étaient morts tous les trois.

A présent, nous n'avons que bien peu de temps à consacrer au deuil.

Mon frère Jared a la triste mission de ramener sur ses terres celui qui fut presque un frère pour moi.

Il nous faudra mettre un terme aux agissements de nos ennemis -- quand bien même leurs motivations réelles paraissent obscures et leurs intrigues tortueuses. J'avais pensé un moment m'ouvrir de ce problème à Ser Humphrey Hightower dont il me fut dit qu'il était en charge de la basse justice de Villevieille. Je ne le vis que brièvement au tournoi de Rubriant, mais il me fit l'impression d'être un homme perspicace. J'aurais apprécié de connaître votre avis à ce propos. Peut-être pourrez vous confier votre sentiment à Jared ?

Pour ma part, je pars sous peu pour Hautjardin, quérir la grâce des Tyrell en faveur de mon cousin Ser Darren Risley.

Grâce à la victoire de Ser Béric le droit au tournoi de Rubriant, notre Maison est invitée à participer à celui de Port-Réal. J'ai du mal à estimer le temps qu'il nous reste avant de partir pour la capitale des Sept Royaumes et ce que nous pourrons encore faire d'ici là.


J'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir en des temps plus heureux,


Très respectueusement,


Aleth Castellane
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Chapitre 12 - Jack BULWER

Message : # 59016Message Iris
18 mai 2017, 22:19

Lettre effectivement envoyée, portée par Jared
Jack,

Je ne sais pas si cette lettre te parviendra rapidement, ni si tu la recevras un jour. Avec un homme qui a prononcé un serment engageant sa vie, chaque au revoir peut-être un adieu. Je prie l’Étranger qu'il te garde dans les ombres dans lesquelles tu chemines.

Au moment où tu liras cette missive, tu sauras sans doute l'essentiel par Lady Alysanne : Jolan est mort; l'homme que tu cherchais était Mestre Corvin.

Nous revenions le cœur léger du domaine des Dulver. En dépit du peu de temps, nous avions pu mener à bien la mission confiée par ta sœur, et étions repartis avec l'impression de nous être fait quelques amis. Enfin, nous avions l'espoir que notre intervention serait favorable à Darren -- il n'a vraiment aucun goût pour le noir.

Tout a basculé en une nuit. Corvin m'a piégée dans l'école dès mon retour. Je ne dois qu'à la Jouvencelle -- j'entends par là bel et bien Dame Adrienne ! -- d'en avoir réchappé, et de bien peu. Celui que je croyais être l'un de mes rares amis s'est avéré être au contraire le pire monstre que je puisse imaginer. Non content d'être un espion et un empoisonneur, il était également animés de perversions sordides, son esprit rongé par des obsessions démentes et malsaines. Presque par hasard il m'avoua pour qui il travaillait depuis le premier jour chez nous. Il s'agit d'une figure de premier plan de Villevieille, mais je préfère ne pas m'étendre dans une simple lettre dont on ignore toujours ce qui peut un jour lui arriver.

J'ai confiance en toi, mais je ne sais plus en qui d'autre en la placer. Je croyais plus en Corvin qu'en mes parents. Je me souciais de son bien-être, je le croyais très malheureux alors qu'il était en réalité malfaisant jusqu'au plus profond de son âme. Si j'ai pu me tromper si lourdement, alors mon jugement est bien peu sûr.

Durant la même nuit, j'ai perdu mes deux seuls amis d'enfance : Jolan et Corvin. J'ai perdu par là-même l'insouciance de me confier sans arrière-pensée. L'avenir nous dira si j'ai gagné quelque chose à la mesure de ce prix.


Mes pensées t'accompagnent, elles sont portées par le vent du soir,


Sois prudent et porte-toi bien,


Aleth


P.S. : Je reprends cette lettre car je trouve mon ton bien sombre et je crains que tu ne t'inquiètes inutilement à mon propos.

Il est certain que ces événements m'ont éprouvée. Quand Corvin m'a fait suffoquer à en perdre conscience, j'étais convaincue que je mourais. Cette nuit était un interminable cauchemar. Malgré tout ce qui est arrivé, je suis toujours vivante -- ou bien je le suis de nouveau ? ou suis-je un autre moi-même ? Mon cœur bat dans ma poitrine et je respire. Mes appuis, mes repères sont morts. Jolan, Corvin et Dugal avant eux.

Dame Adrienne m'a sauvée. Elle connaissait les vices de Corvin et s'inquiétait pour moi. En fait de consolation, elle coiffée et parée. A ses yeux, il était devenu nécessaire que je cesse d'être une enfant pour devenir une femme. Elle m'a dit en substance que j'avais moi seule le choix d'être une victime ou la maîtresse de mon destin. Dans le fond je pense qu'elle a assez raison même si cette mue demeure douloureuse.

La robe qu'elle m'a vendue me va bien -- mieux que toutes mes précédentes. J'ai décidé de prendre cette base comme modèle pour mes prochains vêtements de cour. Je remise mes anciennes robes pour les donner à Lysanor plus tard. Je ne me reconnaissais plus, je ne me sentais plus à mon aise avec. En une nuit, j'ai l'impression que des années se sont écoulées.

Par le passé j'avais été encouragée à me montrer modeste et éviter les regards. Pour être tout à fait honnête, je n'aimais pas être regardée, jaugée. A présent, cette peur --parmi tant de choses -- a disparu.

Alors si tu sais que je n'ai plus peur et que j'ai de jolies robes, tu pourras j'espère poursuivre ton chemin -- où qu'il te mène -- sans être gêné par une quelconque inquiétude.

Nous ferons de notre mieux, nous serons prudents et les Sept jugeront.

Le lierre s'immisce et s'obstine, il pousse malgré l'ombre, il donne ses fruits noirs porteurs d'ivresse même au cœur de l'hiver.


A.
Dernière modification par Iris le 19 mai 2017, 21:39, modifié 1 fois.
Raison : Ajout du post-scriptum
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Chapitre 12 - Ser Emmon CUY

Message : # 59040Message Iris
19 mai 2017, 22:20

Lettre effectivement envoyée, portée par Jared
Ser Emmon,

Vous aviez eu la bonté de nous offrir votre amitié à l'occasion de la tentative d'enlèvement de Lady Alyse Hastwyck, puis à Rubriant. En ces heures sombres, j'ai pensé que vous aviez amplement mérité d'être informé des récents événements. Jared a dû vous porter cette missive et sans doute savez-vous déjà que Jolan Hastwyck est mort. J'espère par cette missive vous donner quelques précisions -- bien incomplètes.

Tout semble lié à cette tentative d'enlèvement par les "Manteaux d'or" dont les motifs demeurent obscurs. Nous avions à la suite de cette attaque fait un rapport aux Tyrell. Immédiatement après j'ai été victime d'une tentative d'assassinat. Ce fut la première d'une série, la plus récente eut lieu la nuit durant laquelle Jolan périt. Nous avions appris que les assassins étaient coordonnés par celui qui semble être le chef de la pègre de Villevieille, un homme de sinistre réputation, surnommé "Le Balafré", lequel agissait pour un client dont l'identité demeurait insaisissable.

Tant de choses se sont passées depuis Rubriant que je ne sais même pas comment vous les narrer. Tous les événements s'entremêlent étroitement.

Une tentative d'assassinat eut lieu à Waterford même peu après notre retour. Elle était suffisamment mal conçue pour nous permettre de capturer le tueur. L'homme avoua travailler pour le Balafré, mais il mourut peu après dans nos geôles -- empoisonné.

Jolan pendant ce temps cherchait à enquêter sur la bande de brigands qui sévit sur nos terres depuis trop longtemps -- la bande de l'archère Thallia Penn. Il la trouva malheureusement, et fut poignardé à l'aide d'une lame elle aussi empoisonnée -- une coïncidence. Les brigands le déposèrent en ville plus mort que vif, de sorte qu'il fût alors possible de le soigner et le sauver. Mais le venin résistait à nos efforts pour le guérir et il fut décidé que Myrosh et Gyles iraient à Villevieille en quête d'un remède plus efficace.

Au même moment, Lady Alysanne Bulwer en visite sur nos terres nous fit part d'opportunités commerciales et diplomatiques dans le nord du Bief. Compte-tenu de la situation éminemment précaire de Ser Darren Risley, toute occasion était bonne à saisir, aussi m'y rendis-je avec mon cousin et Ser Béric le droit -- je me rends compte que j'ai oublié de vous dire que Père l'avait adoubé à son retour, pardonnez-moi je me débats dans ce compte-rendu entremêlé et peut-être trop aride.

Point de vin à vendre chez les Dulver -- le lord régnant porte bien son surnom et n'a pas usurpé sa réputation de seigneur marchand difficile en affaire. En revanche, il apparut que les Dulver et les Marsten étaient en conflit et prêts de se déclarer la guerre. Encouragés à poursuivre des investigations par Ser Walton Dulver -- le fils et héritier du lord -- nous avons découvert un complot initié par un fer-né exceptionnellement manipulateur. L'homme projetait de provoquer une guerre pour faciliter le pillage de ces côtes, et il s'en fallut de peu pour qu'il réussît.

Heureux de ce succès, nous rentrions à Waterford le coeur léger.

Jolan avait reçu le remède ramené de Villevieille.

Nous ignorions que les investigations de Myrosh et Gyles avaient effrayé le commanditaire de mes assassinats, lequel avait communiqué avec son agent au domaine, qui avait décidé de fuir pour sauver sa vie.

Ce traître n'était autre que notre mestre, Corvin.

...
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Message : # 59055Message Iris
20 mai 2017, 20:26

...

Lui et Jolan étaient mes seuls soutiens, mes seuls amis après la mort de mon frère Dugal. Toutes ces années, l'homme qui m'avait instruite portait le masque de la vertu et du dévouement.

Au cours de la funeste nuit de notre retour,il me piégea et, certain de pouvoir agir en toute impunité, me révéla qui il était en vérité : un espion, un empoisonneur et un dément animé de passions répugnantes. Certain que rien ne pourrait l'arrêter, il mentionna le nom de son maître -- un habitant de Villevieille.

Il avait des raisons d'être assuré de son impunité. Personne ne semblait savoir où nous étions, personne ne devait pouvoir m'entendre. Je parvins tout juste à le blesser avant que le poison qu'il me plaqua sur la figure me fît perdre conscience. En cet instant j'étais certaine de ne jamais me réveiller. Las, s'il devait me tuer pour plaire à son maître, il était décidé à prendre tout son temps pour assouvir ses appétits.

Grâce soit rendue à la Jouvencelle : alors que tout paraissait perdu, je fus secourue. Je fus transportée hors de ces lieux tandis qu'y demeurait Corvin, incapable désormais de quoi que ce soit.

La suite de cette interminable nuit est tout autant malheureuse mais demeure en revanche assez confuse. Corvin, Jolan et la fille de l'aubergiste se retrouvèrent dans l'école. Quand je revins avec Ser Béric pour procéder à l'arrestation de Corvin, nous les découvrîmes tous les trois morts.

...
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Message : # 59056Message Iris
20 mai 2017, 21:30

Le lendemain matin, je me rendis dans la roseraie que Jolan entretenait avec un soin dévoué depuis son arrivée chez nous. Je coupai toutes les fleurs pour en orner le septuaire du château avant de procéder aux toilettes mortuaires. Je tressai une couronne de roses encore en bouton et à peine écloses pour l'accompagner à la Trémière avec son rosier préféré, afin qu'il pût croître et grandir en force et en beauté sur la tombe d'un ami mort trop tôt, dans des circonstances par trop tristes.

Je ne pouvais davantage consacrer à un défunt, quelle que fût mon chagrin.

Nous partirons sous peu pour Hautjardin dans l'espoir d'obtenir la grâce des Tyrell en faveur de Ser Darren Risley. Il semble très confiant depuis que nous sommes revenus du domaine des Dulver, mais je reste prudente. J'avais autrefois une totale confiance en Corvin -- cette seule pensée m'incite à me méfier, trop peut-être.

Il nous faudra aussi régler les affaires qui se sont révélées à Villevieille. J'avais pensé consulter Ser Humphrey Hightower à ce propos. Étant en charge de la basse justice de la cité, je l'espère de bon conseil. Nous manquons de temps : Ser Béric le droit a reçu son invitation pour le tournoi de Port-Réal. Il nous faudra parer au plus urgent et espérer que cela suffira pour le moment.

Vous savez à présent l'essentiel sur les récents événements qui ont frappé et endeuillé les Maisons Castellane et Hastwyck.

Je tenais enfin à vous remercier au nom de Jolan pour votre bienveillance à son égard. En tant que porteur d'un nom honni pour beaucoup, il savait mesurer l'amitié et la bonté à leur juste valeur. Je pense qu'il aurait été très heureux de vous avoir comme voisin durant des années futures qui auraient dû être prospères et pleines de joies. Sa sœur cadette Lady Alyse a de la chance dans sa situation de pouvoir vivre en bon voisinage avec une Maison honorable comme la vôtre.


Je vous prie de m'excuser pour cette lettre si sombre et si déplaisante -- j'ai hésité à vous confier le détail, mais comme vous évoquiez la possibilité de me rendre visite à Waterford, il me parut plus juste de vous faire part de la situation.


Portez vous bien,


Aleth Castellane
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Jolan Hastwyck - fin du 10e mois

Message : # 59420Message Iris
17 juin 2017, 17:29

Cher Jolan,

J'ai tardé à t'écrire. Mon esprit était agité et je ne parvenais pas à mettre de l'ordre dans mes pensées. Je m'en voulais aussi de ressentir tant de colère à ton égard. Tu es mort, et Myrosh assure que tu as perdu la raison à cause de la dague d'ombre de la brigande Thallia Penn. Je ne peux pourtant pas me défaire d'un fond de rancœur. Je t'en veux, et j'ai honte de cette colère.

Toutes ces années, tu étais mon ami le plus proche -- toi et Corvin étiez mes seuls amis. Quand Dugal est mort, vous m'avez consolée et soutenue. J'avais une confiance totale en vous. Je croyais en vous. Vous étiez mon véritable foyer. Mais quand je suis revenue après deux ans d'absence, je voulais retrouver mon refuge dont vous étiez le coeur. Corvin ne révéla que subitement et violemment sa trahison ; mais quand je pense à toi, j'ai l'impression de t'avoir perdu chaque jour un peu plus. Quand je pense à ces quelques mois, ces mois bien trop courts, je me rappelle avant tout des moments de séparation.

Je me suis sentie blessée de la relation que tu avais avec Bénédicte Tor, et la manière dont tu voulais garder ton "jardin secret". C'était la première fois que nous ne partagions plus tout. J'étais un peu jalouse d'elle je suppose, confusément, et je n'en suis pas fière. Tu étais mon ami, mon frère, mon tout. Tu étais devenu si beau, si distingué, à la fois remarquable navigateur, pisteur habile et archer talentueux.

Puis nous sommes allés à la Trémière. Tu y revenais pour la première fois depuis ton départ chez nous, et tu étais désormais un étranger. Je m'en veux de ne pas t'avoir assez soutenu dans cette épreuve. Je me suis sentie déplacée là-bas, et je luttais simplement pour ne plus être considérée comme un poids inutile, une fillette qui n'attire que les ennuis, qu'il faut surveiller en permanence. J'ai sans doute mal agi en te recommandant de quitter Bénédicte. J'ai vraiment cru que c'était le mieux, que tu lui faisais du mal en la prenant pour maîtresse. Je me suis inquiétée de son honneur en tant que femme. Je ne sais pas. Je sais que quelque chose s'est brisé en toi, mais était-ce ma faute ? N'ai-je fais qu'aggraver les choses en voulant éviter un mal ? Je n'arrive pas à savoir.

Du moment où tu as pris conscience de ton rôle d'héritier, tu n'as cessé de souffrir. Tu as quitté Bénédicte pour te consacrer au glorieux mariage que tu voulais pour ta Maison, pour améliorer son statut, restaurer sa grandeur. Était-ce bien cela que tu voulais ? Aujourd'hui tu es mort et son destin dépend de la jeune Alyse. Tu as abandonné ce fardeau : hériter. Je ne t'ai jamais dit, je n'ai jamais osé te dire à quel point j'étais en colère que tu accueilles ton statut de cette manière. J'étais jalouse de toi. J'aurais tant voulu, j'aurais aimé, j'aurais souhaité être un homme pour hériter, ou même seulement pour être libre d'agir.

Si j'étais un homme, je pourrais aller où bon me semble ; je n'aurais pas besoin d'être accompagnée et protégée ; je n'aurais pas besoin de suggérer, je pourrais dire vraiment ce que je pense.

Si j'étais de surcroît héritier, je serais maître de mon destin ; je pourrais rêver de mon domaine, je pourrais faire des projets.

Au lieu de quoi, je suis cantonnée à l'attente et à la solitude. Nous vivons dans un monde qui accepte que les enfants jouent ensemble, mais sitôt qu'ils grandissent, hommes et femmes sont voués à vivre les uns à côté des autres, sans vraiment se connaître, se traitant comme les membres de peuples séparés. Moi, j'ai grandi en terre étrangère pour mon sexe : toi et Corvin étiez mes compagnons et mes modèles. A mon retour au domaine, j'ai encore vécu comme durant mon enfance, avec toi, Corvin, Béric, Gyles, Darren et Myrosh. Tous des hommes. Même si individuellement je ne peux rien vous reprocher, j'ai souffert, et souffre encore d'être ce que je ne peux effacer : une femme. Cette terrible nuit qui t'a emporté, toi et Corvin, j'ai compris qu'il était vain d'espérer oublier cela : mon corps me serait imposé par le regard des autres. Je ne peux être un homme, je n'ai pas de place dans votre monde -- et je dois donc être une femme, je n'ai pas d'alternative, quoi que j'en pense. Aussi fort que je le veuille, je ne peux échapper à ce mauvais tour que m'a joué le destin. Je vous en veux, pas seulement à toi, mais à tous les hommes. Je vous en veux d'être forts, de savoir vous battre, de pouvoir parler franchement, de boire dans les tavernes, de jurer, d'avoir des responsabilités et des fonctions dans la société, de décider de votre vie, de pouvoir vous imposer.

Tu peux rire depuis ta tombe : l'un de mes meilleurs souvenirs est d'avoir pu emprunter tes vêtements durant la poursuite des ravisseurs d'Alyse. J'étais heureuse d'avoir le droit de ne pas porter de robe. J'étais heureuse de pouvoir me déguiser, et si c'était possible, j'aimerais me grimer en homme, me promener et observer le monde en étant enfin maîtresse de l'image que je donne. J'aurais aimé pouvoir changer de visage, être à volonté quelqu'un d'autre -- même une souris ou un chat de gouttière.

Je vois le regard des servantes et des femmes de Waterford : certaines voudraient mes toilettes ; elles travaillent et rêveraient de se reposer, de se réveiller à l'heure de leur choix, de n'avoir aucune obligation, rien d'autre à faire que se promener et converser. Mais pour cela, encore faut-il avoir des amis. Toi et Corvin êtes morts. Et désormais, comme je suis une femme, l'amitié des hommes m'est interdite. Ils me courtisent ou obéissent à mon père, mais je ne suis pas leur amie. Ils ne connaissent ni ne comprennent ce que je ressens. Autrefois je pouvais tout te dire, de mes chagrins ou de mes doutes : je n'ai plus personne. J'ai grandi, aussi, sans doute était-il impossible que tu demeures vraiment mon ami. J'aurai perdu ton amitié, elle aurait dû se transformer. Quant à Corvin, tout n'était que mensonge...


Tu as tué celle que tu prétendais aimer.

Tu as abandonné la Maison que tu prétendais vouloir restaurer.

Même si tu étais sous l'emprise d'un démon, il n'a fait que souffler sur les braises de tes tourments. Je me demande qui tu étais vraiment. Je doute de mon jugement. Je me rappelle que tu voulais torturer notre prisonnier. Tu devenais un étranger pour moi, et peut-être que l'amitié qui nous liait, à la fin était devenue aussi fausse que celle que je prêtais à Corvin.


Aujourd'hui, je me sens plus seule que jamais. J'ai perdu confiance. Cette funeste nuit, j'ai vu mourir mon innocence, ma confiance, mes amitiés. Que me reste-t-il ?


Jolan, je t'en ai voulu, et j'en m'en veux plus encore.

Jolan, je souhaite que tu trouves la paix sur tes terres, entourés de tes fleurs.


H.
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Iris
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Jolan Hastwyck - fin du 10e mois

Message : # 59513Message Iris
25 juin 2017, 20:23

Cher Jolan,

A présent que tu n'es plus, le jardin des roses me rappelle chaque jour les années de ton séjour parmi nous. Il y a un grand vide là où ton rosier préféré a été sorti de terre pour t'accompagner à la Trémière. J'espère qu'il se plaira chez toi et qu'il prospèrera comme tu aurais pu, comme tu aurais dû vivre. La terre est retournée et personne n'a osé proposer quoi planter à la place, tout le monde se souvient de toi entre ces allées et sous les tonnelles. Peut-être faudrait-il laisser cet espace vide et permettre aux buissons les plus proches de simplement -- petit à petit -- le combler imparfaitement, à l'image de ce manque qui restera toujours en nous.

Béric a décidé de commencer les leçons d'escrime. Il me demandait quand je voudrais les prendre, s'inquiétant de mes disponibilités. Il ne se rend pas compte que je ne fais que trouver à remplir mes journées. Je cherche quoi faire. Je m'occupe de mon mieux de Lysanor, c'est à peu près ma seule activité qui ait vraiment du sens.

Cependant, Béric a raison sur un point : j'ai une fonction de représentation de la Maison Castellane sitôt que j'en pars. Je ne me rends utile que lorsque je suis au loin. Peut-être est-ce là le destin des femmes ? Mon rôle se limite à partir, pour porter les intérêts des miens. Une fois mariée, serais-je représentante attachée de manière permanente à une Maison en particulier ? Avec pour fonction essentielle pour la Maison qui m'accueillera de donner naissance à sa prochaine génération.

Père m'a donné le marais de la Sorcière à partager avec Lysanor, Alysane et Lady Ollène. Je trouve assez savoureux que les bénéfices du sel d'un marais ainsi nommé ne revienne qu'à des femmes. Une part de moi se réjouit et espère des bénéfices considérables ; une autre s'inquiète de l'attitude future de Tristifer, Jared ou même mon époux par rapport à ces revenus. J'ai l'impression que seule la richesse me permettra de ne pas être que ce que mon rang me destine à être.

Personne ne m'a parlé, n'a essayé de me consoler. Je suis censée me débrouiller seule. Darren me paraît gêné. Le climat de deuil ne lui réussit pas et ternit son rayonnement. Les autres sont murés dans leur devoir ou leur propre douleur. Le silence de nos conversations est assourdissant. Il n'y a que parfois que je parviens à avoir de véritables discussions avec Mère, et un peu plus avec Lysanor, mais me plaindre auprès d'elles me paraît obscène tant elles souffrent plus que moi. Cela me rappelle ce que je pensais parfois de toi: je te voyais en difficulté, et je ne voulais pas te charger davantage.

Je crois aussi que personne dans notre Maison ne sait exprimer ce qu'il ressent. Regarde-moi, à ne parler qu'en silence et en pensée. Autrefois toi et Corvin étiez mes amis, mes confidents, ceux qui m'écoutaient et m'encourageaient. A présent, tout est fini, et je ne peux m'empêcher de voir vos places vides, de penser à ce vous auriez pu dire ou faire. Il y aurait eu une véritable fête pour la grâce de Darren et pour notre départ pour Hautjardin, au lieu de quoi tout se fait en sourdine, avec une résignation mélancolique.

Désormais, je pense à toi comme à Dugal, en voyant tout ce que vous auriez dû être, et pourtant je me réjouis au fond de mes ombres d'avoir pu voyager plus que si Dugal avait vécu, et de recevoir le marais -- je doute que cela serait advenu si tu avais vécu.

A défaut de la chaleur de la joie et du réconfort de l'amitié, dois-je me raisonner d'un cœur froid et me réconforter en songeant à des richesses et de l'influence ? Pourtant, ce château de verre est bien fragile, mes gains peuvent être brisés d'un trait de plume, d'une décision, déchirés et révoqués. Je me sens comme une araignée dont un seul fil peut rompre pour un rien, mais si les fils sont nombreux, alors il pourra m'être possible de réparer ceux qui sont tranchés, sans tomber dans le vide.



H.
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Iris
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Ser Emmon CUY - 11e mois

Message : # 59930Message Iris
07 août 2017, 22:09

Cher Ser Emmon,

Jared est revenu de vos terres et a eu le temps de me faire part de votre réponse, comme de l'impression que vous lui fîtes. Je me dois de vous remercier pour un message aussi riche d'enseignements que de libération. Je pense que vous mesurez mal la portée de ces quelques mots, et sans doute ne comprenez vous pas le plaisir doux-amer que j'en retire, celui d'un soulagement mêlé de gêne.

Je me sentais coupable de ne pas me réjouir de l'attention que vous me portiez.

Je craignais d'être injuste, ingrate, indigne.

Vous êtes un hypocrite et un lâche. Tournez-vous vers des cieux lumineux, détournez-vous de l'ombre, fermez les yeux sur la réalité.

Je vous souhaite un jour de découvrir la fausseté des apparences de gens en qui vous aurez mis votre confiance, prendre conscience de votre solitude et ressentir ne serait-ce que quelques instants le dénuement de l'abandon. Je vous laisse entre les mains de la justice immanente des Sept. Eux seuls voient les cœurs tels qu'ils sont et décident les épreuves qu'ils leur imposeront pour les affermir ou les révéler.

La parole d'un homme ne vaut rien tant qu'il n'a pas été en danger, obligé de faire un choix qui lui coûte. Les menteurs sont trop habiles pour moi, je ne sais pas discerner leurs motifs : il ne me reste que les actes pour me faire une idée de la réalité d'une âme à un moment donné.

Libérée de votre fausseté, je suis seulement encore moins pressée de me marier. Plaignez ceux qui voudront me courtiser après vous, ils devront franchir des haies de ronces et des gouffres pour me convaincre de leur sincérité. Mais le pire sans doute : cette perspective m'emplit de joie car je ne me sens plus obligée de faire plaisir à quiconque consent à baisser les yeux sur moi.

Je vous remercie autant que vous souhaite des embûches qui vous apprendront douloureusement à être sincère, persévérant et courageux,


H.
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